Loïc et Margaret, normalien et magistérienne à l’Ecole normale supérieure de Rennes

Loïc et Margaret, normalien et magistérienne à l’Ecole normale supérieure de Rennes

Dans une Ecole normale supérieure, un normalien est fonctionnaire-stagiaire, c’est-à-dire que suite à l’obtention du concours, il devient agent de la fonction publique. Il est ainsi rémunéré pour la durée de ses études. Un magistérien est un étudiant qui n’est pas rémunéré mais ce dernier suit les mêmes cours et se voit offrir les mêmes opportunités que les normaliens. Il est généralement recruté grâce à son admissibilité au concours de l’ENS ou encore sur son dossier scolaire. 

1/ Pourquoi avoir voulu rentrer en classe préparatoire D1 ?

Loïc : J’ai découvert la prépa D1 un peu par hasard en cherchant une alternative aux IEP vers lesquels je me dirigeais à l’origine. Je me suis longtemps dit que je ne ferai pas de prépa mais je suis allé aux journées portes ouvertes d’une prépa, dont les portes me sont finalement restées fermées, et la formation ne m’a paru pas si horrible que ça ! Je me suis dit que la prépa allait me permettre d’acquérir des bases solides aussi bien au niveau de la méthode que des connaissances, grâce à des enseignements variés mais quand même approfondis, peut-être plus que dans d’autres cursus. Comme je ne savais pas bien ce que je voulais faire, cela me laissait deux ans de plus pour réfléchir et choisir ma voie parmi des débouchés variés.

Margaret : J’ai voulu intégrer une classe préparatoire D1 pour diverses raisons. Tout d’abord, j’ai choisi de m’inscrire en CPGE D1 car j’avais besoin d’un cadre pour travailler efficacement. Après le lycée, je ne me sentais pas assez autonome pour affronter la faculté. Or, la classe préparatoire D1 est une bonne transition entre le système du lycée et celui de la faculté, car pendant nos deux années, nous nous familiarisons avec la fac tout en étant encadré. En outre, la classe préparatoire D1 propose une formation généraliste. Or, à l’époque, je n’avais pas envie de m’enfermer dans une formation purement juridique dès lors que, à l’instar de la plupart des lycéens de ES, je n’avais jamais étudié le droit et j’aimais l’économie. Enfin, du fait de son caractère généraliste, la préparation D1 est l’une des seules formations qui donne deux ans de plus aux élèves pour décider de leur orientation. Elle ne ferme aucune porte pour un élève de ES en lui permettant d’intégrer des écoles telles que les Ecoles supérieures de commerce (ESC), les Instituts d’étude politiques (IEP), ou encore l’Ecole normale supérieure de Rennes ainsi que les meilleurs universités de droit et leurs magistères (tout en validant deux années de droit).

2/ Comment as-tu vécu tes années de classes préparatoires ?

Loïc : Elles ont demandé pas mal d’efforts à certains moments mais si on sait prendre du recul et qu’on est un minimum intéressé par les matières étudiées, on les vit bien et elles passent assez vite. Dans ma prépa, le travail est assez concentré et, au moins en première année, on a une grosse coupure en hiver et beaucoup moins de travail à la fin de l’année. Enfin, j’ai personnellement mis un peu de temps à acquérir le rythme mais c’est peut-être pas plus mal car acquérir progressivement les méthodes de travail permet d’être en progression, ce qui est satisfaisant.

Margaret : Personnellement j’ai très bien vécu ma classe préparatoire et c’est quelque chose qui n’était pas gagné d’avance car je n’étais pas scolaire. L’ambiance générale des classes préparatoires D1 ne s’inscrit pas dans la compétition par rapport à d’autres types de classes préparatoires car il y a très peu de prépas et au sein de ces prépas, nos choix d’orientation sont souvent très variés. Après, il faut garder à l’esprit que l’on est seul responsable de la manière dont on vit ce genre d’experience à travers notre faculté à prendre du recul, notre solidarité avec les autres, notre ouverture d’esprit etc.

3/ Avec le recul, quel bilan tires-tu de ces années ?

Loïc : En dehors du fait que la D1 m’a permis d’intégrer ma formation actuelle, je ne regrette absolument pas mon choix. En effet, j’ai pu profiter d’un environnement stimulant qui m’a incité à donner mon maximum pour mes études et fait découvrir des perspectives auxquelles je n’aurais pas pensé sinon.

Margaret : Un bilan purement positif. La classe préparatoire m’a permis de passer mes deux premières années de droit sans aucun stress et avec mention. Je me suis dépassée intellectuellement et je pense que je ne serais jamais aller aussi loin en passant par un parcours classique. En outre, j’y ai rencontré des personnes très intéressantes et surtout différentes ! A la fac, on est tenté de se regrouper avec des personnes qui nous sont familières. La prépa est en cela très enrichissante car elle instaure « une collocation à 40 » avec des personnes venant de partout et que vous n’avez pas choisi.

4/ En quoi tes années de classes préparatoires t’aident dans ton parcours universitaire aujourd’hui ?

Loïc : La D1 permet de rentrer de la meilleur des façons dans les études de droit et d’acquérir les bases pour y réussir par la suite. Par exemple, j’ai appris à faire les TD efficacement et progressé à l’oral, ce qui permet de mieux réussir ces exercices à l’université.

Margaret : On acquiert avec la CPGE une méthodologie de travail et une gestion du stress qui sont de véritables atouts non seulement dans le cadre des études supérieures mais aussi dans la vie active. En outre, l’aisance à l’oral est une qualité qui distingue les préparationnaires des élèves qui sont passés pas un cursus classique en ce qu’à la fac de droit, il existe peu d’examens oraux avant les masters. Enfin, l’avantage de la classe préparatoire, c’est de vous faire aller au-delà du raisonnement qui vous est proposé par vos professeurs et de passer d’un exercice de récitation (assez présent au lycée et à la FAC ) à un exercice de reflexion.

5/ Peux-tu nous en dire plus sur ta formation ? Comment tu l’as intégré ?

Loïc : J’ai intégré l’ENS Rennes sur concours. L’ENS est le débouché naturel de la D1 et sa mission d’origine est de former des enseignants et des chercheurs. Mais, les débouchés sont en réalité beaucoup plus variés. En effet, le cursus a été réformé et permet désormais de choisir entre trois parcours dès la deuxième année (prépa ENM, prépa ENA, enseignement-recherche/prépa agrégation d’économie-gestion). Par ailleurs, le rythme est beaucoup moins intensif qu’en prépa, ce qui permet de consacrer du temps à d’autres activités ou de se détendre après deux années intensives. Enfin, être passé par l’ENS est clairement un atout pour faire de belles carrières dans la fonction publique, quelle que soit la voie que vous choisissez, et permet en général d’entrer dans les meilleurs M2 (le parcours agrég permet de faire n’importe quel M2 recherche).

Margaret : Je suis actuellement magisterienne à l’ENS. On intègre cette formation soit par dossier soit par l’admissibilité au concours de l’ENS Rennes (ce qui a été ma voie). C’est réellement la continuité de la classe préparatoire D1 avec un rythme moins intense. J’aime beaucoup ce que je fais à l’ENS puisqu’on reste dans une formation généraliste tout en pouvant commencer à se spécialiser à travers des stages prestigieux (stages en ambassades ou en juridictions par exemple). Il convient néanmoins de mentionner que j’ai choisi cette formation non pas pour le prestige de l’école, mais bien parce qu’elle était cohérente avec mon souhait de travailler dans la Défense. Ainsi, je dirais que dès lors que votre formation est en adéquation avec votre projet professionnel, vous ne pouvez que vous épanouir.

6/ A qui conseillerais-tu cette classe préparatoire ?

Loïc : A tout lycéen qui souhaite se mettre toutes les chances de son côté pour faire de bonnes études de droit ou qui a envie de faire des études juridiques en ayant des débouchés plus variés que dans un cursus classique, ce qui lui permettra éventuellement de choisir une autre voie.

Margaret : Cette classe préparatoire a la force de s’adresser à tous les lycéens quelque soit sa branche (S, ES, L). En effet, venant de L, vous aurez des facilités avec la dissertation, venant de S, vous aurez une logique mathématique très proche de la logique juridique et venant de ES vous aurez déjà une logique économique. Néanmoins, je ne la conseillerais qu’à des personnes qui ont la capacité de gérer leur stress. Vous ne devez pas subir la prépa, ce qui suppose d’avoir la capacité de prendre du recul. Ainsi, si vous êtes de nature stressée je ne vous recommande pas cette formation car votre stress vous empêchera de vous épanouir intellectuellement et de profiter pleinement de ce que vous offre de particulier cette formation.