Yann, étudiant en licence 3 de sciences de gestion (parcours international)

Yann, étudiant en licence 3 de sciences de gestion (parcours international)

 1/ Pourquoi avoir voulu rentrer en classe préparatoire D1 ?

Je voulais rentrer en classe prépa pour plusieurs raisons très différentes. En premier lieu, pendant mon lycée, j’avais l’espoir de rentrer à Sciences Po Lyon pour son parcours international. Cependant, après avoir manqué le concours en terminale, j’ai décidé de faire une CPGE pour mieux me préparer aux concours Science Po (pour Bac+2). La CPGE m’aurait enseigné différents outils méthodologiques, et des connaissances pour me démarquer au concours. Par ailleurs, j’avais aussi la pression familiale à gérer. Toute ma famille avait fait des études supérieures et était passée par une CPGE ou par PACES. Il fallait donc que je rentre aussi dans une classe préparatoire. Enfin, j’avais aussi envie de rompre avec le cursus scientifique que j’avais suivi durant tout mon lycée. Ce qui m’intéressait et qui me passionne aujourd’hui, c’est le fonctionnement du monde contemporain, la politique, la religion et toutes les choses qui gravitent autour de ces thématiques. Or, dans une filière scientifique, on n’apprend rien de tout cela. Il fallait donc que je trouve un cursus qui me permette d’en apprendre plus sur les fantastiques machines que sont les sociétés humaines. La classe préparatoire D1 était parfaite pour cela.

2/ Comment as-tu vécu tes années de classes préparatoires ?

Il existe une réelle différence entre les deux années pour une raison logique : le concours arrive en fin de deuxième année. Chaque année se vit alors complètement différemment.

La première année était l’année de la découverte, de l’euphorie. Nous avions soif d’apprendre, de découvrir. Là où auparavant c’était dur d’amener une discussion sérieuse dans un groupe d’ami, tout devenait possible. Chacun était semblable aux autres tout en étant complètement différent ce qui menait à des débats intéressants, constructifs et passionnés. Chaque parole, chaque instant passé là-bas était un moment d’apprentissage pour moi. D’autre part, les professeurs étaient toujours à notre écoute pour assouvir notre soif de connaissance et à nous conseiller en cas de besoin.

Puis arriva la deuxième année. Le rythme s’accélérait, le concours était de plus en plus proche. Le stress devenait palpable en classe. Nous n’avions tous qu’un objectif, le concours (quel qu’il soit). Il devenait le sujet principal de nos discussions entre élèves ou avec les professeurs. Il nous hantait, nous obsédait, nous empêchait de dormir. Je ne pouvais plus profiter de l’instant d’apprentissage. Tout était fait dans l’intérêt de la préparation au concours. Le concours devenait une fin en soi. Malheureusement j’ai toujours été désintéressé par l’idée de concours, d’examen. Tout cela n’était qu’un test après tout. La vraie richesse, c’est la connaissance non ? De ce fait, je n’étais plus vraiment en phase avec mes camarades sur ce point. Je me suis donc lassé et laissé porter par le courant jusqu’à la fin de l’année.

3/ Avec le recul, quel bilan tires-tu de ces années ?

J’ai beaucoup appris sur le monde, sur les autres et sur moi. Au-delà des outils méthodologiques, des entraînements à l’oral pour préparer des entretiens, la CPGE m’a offert quelque chose de bien plus important. Grâce à elle, j’ai pu préciser et clarifier mes idéaux. Là ou auparavant je n’étais que le reflet politique de ma famille, je suis devenu indépendant intellectuellement. J’ai un idéal et ce grâce aux connaissances, aux idées apportées par tous les acteurs de la classe. Cette classe préparatoire m’a fait murir sur certains points et je lui en suis très reconnaissant.

4/ Peux-tu nous en dire plus sur ta formation ? Comment tu l’as intégré ? Si tu t’épanouis ?

Je suis actuellement en licence 3 Sciences de gestion parcours international où un peu plus de la moitié des cours sont en anglais. Pour simplifier la chose, on m’apprend à gérer correctement un projet dans une entreprise. En premier lieu, j’étudie la boîte noire qu’est l’entreprise. Nous discutons en cours de son fonctionnement, des conflits, des types d’organisation. D’autre part, j’apprends aussi à maîtriser les outils de gestion et de comptabilité. Enfin, durant notre formation, nous sommes amenés à gérer un projet sur un an. C’est là que toute la formation prend son sens. Toutes les problématiques étudiées en cours et la plupart des outils de gestion sont utiles au projet mené. Prenons un exemple concret : mon projet consiste à produire et à guider les artistes locaux. J’ai monté en début d’année une équipe d’une dizaine de personnes pour mener à bien ce projet. On a rencontré beaucoup de problèmes durant ce projet : des problèmes de compréhension (du fait que les deux tiers de mes collaborateurs étaient étrangers), des soucis financiers… Toutes ces problématiques ont été traitées en cours. Au final, c’est bien mon projet qui donne du sens à ma formation.

5/ En quoi tes années de classes préparatoires t’aident dans ton parcours universitaire aujourd’hui ?

Les connaissances que j’ai acquise durant la classe préparatoire me permettent d’avoir une certaine culture économique et juridique. Grâce à cela, je peux analyser un problème avec un prisme différent de celui des autres. En dehors de cela, certains outils méthodologiques me sont parfois utiles pour analyser certains problèmes mais cela reste très limité. Malgré tout, si je suis aujourd’hui dans une formation sélective et si je suis retenu pour partir en Chine l’année prochaine, c’est aussi parce que j’ai fait une classe préparatoire D1.

6/ A qui conseillerais-tu cette classe préparatoire ?

Aux personnes qui souhaitent faire une formation d’excellence après un bac général. Aux personnes qui ont envie d’apprendre des choses nouvelles. Cette classe est un bon moyen de parfaire ses connaissances sur des sujets qui nous concernent tous aujourd’hui. Rien que par pur curiosité intellectuelle, c’est un bon choix. Cependant, il faut aussi savoir que la finalité, c’est le concours. Même s’il y a beaucoup de portes de sortie après la CPGE, il faut être conscient du fait que la deuxième année est loin d’être amusante. On se prépare à un concours et il faut vivre tous les jours pendant deux années avec cette idée en tête si l’on veut réussir.